LES FINITIONS :

Elles constituent la dernière touche pour parfaire l’ouvrage tissé. Ces finitions peuvent varier selon le type d’ouvrage réalisé.

Ce sont :

  • pour les tapis à points noués : l’égalisage des brins de laine ou le "rasage"

  • la mise en forme éventuelle des franges

l - LE RASAGE :

Pour tous les tapis noués serrés et à laine relativement courte, les brins de laine demandent, en fin de tissage, à être égalisés. C’est vrai pour tous mais plus particulièrement encore pour ceux qui ont des motifs nombreux et précis, comme les tapis de Rabat.

La tisseuse ne peut en effet que faire un travail approximatif en ce qui concerne la longueur des brins. Elle noue vite et tranche d’un coup sec en laissant un peu plus de longueur que prévu et poursuit rapidement son travail. Les brins de laine sont inévitablement inégaux et parfois un peu effilochés : le résultat en est un tapis au dessin brouillé.

Il retrouvera ou plutôt ne trouvera sa réelle beauté qu’après égalisation des brins sur toute sa surface avec suppression de toutes les parties effilochées, ce qui correspond à un véritable rasage de la surface du tapis. C’est à ce moment là seulement qu’apparaîtra le dessin dans toute sa netteté.

Traditionnellement cette égalisation se faisait avec des ciseaux mais, et surtout pour les tissages très courts qui ne peuvent supporter d’à peu près, on a souvent recours à un spécialiste (un « ma’llem ») dont la dextérité dans le maniement des ciseaux et la précision du rasage sont étonnantes.

De nos jours, de même que le tissage familial tend à disparaître, il en va de même de ces spécialistes car les manufactures et les coopératives de tissage sont de plus en plus souvent équipées d’appareils électriques modernes pour effectuer cette tâche.

Pour les tapis de haute laine, aux brins longs et lâches, qui n’ont pas besoin d’un rasage aussi minutieux, un simple ajustage final aux ciseaux peut suffire.

ll - LES FRANGES :

Elles peuvent être laissées telles quelles. L’inconvénient, c’est que, à la longue, le tissage proche des bordures peut avoir tendance à se relâcher.

Les franges peuvent aussi être nouées, et ceci de différentes façon dont voici deux exemples :

    tissage franges 1

    brins noués par 3 ou 4 au ras du tissage puis franges laissées libres

     

    tissage franges 2

    noeuds placés en quiconce sur toute la longueur de la frange

 

 

 

Elles peuvent également être tressées.

Il vaut mieux dans ce cas multiplier les petites tresses qu’en faire de trop épaisses. Les tresses sont arrêtées par un nœud simple.

tissage franges 3

 

le tapis est donc fini.

La tisseuse peut partir pour une nouvelle aventure : l’ourdissage d’une nouvelle chaîne avec l’aide de quelques amis tandis que le tapis peut commencer sa carrière de… tapis.

Au Maroc, où les tapis étaient autrefois respectés et choyés (je parle au passé car je me réfère à mon expérience d’autrefois. Je connais moins en profondeur le Maroc d’aujourd’hui) sa vie était généralement longue : nulle chaussure en principe ne venait le fouler, déposant les poussières et graviers qui auraient pu se coller à elle et qui peu à peu l’auraient détruit ou tout au moins abîmé. La tradition voulait en effet que l’on se déchausse avant d’y poser le pied. Quel plaisir c’était alors d’en savourer le contact sans l’intermédiaire d’une semelle !

Quand c’était nécessaire, les tapis étaient lavés en les foulants aux pieds avec une eau rendue savonneuse après ébullition avec des racines de saponaire broyées (c’est le « tirch » qu’on peut toujours acheter à pleins paniers dans les souks de villages et chez les droguistes des médinas). Comme l’ourdissage de la chaîne ou le montage du métier à tisser, c’était ici encore une occasion de danses, chants et rires. On les rinçait simplement à grands seaux d’eaux ou avec le tuyau d’arrosage. Lavés avec le tirch, les tapis obtenaient un gonflant et un moelleux que ne leur donnaient pas les produits industriels, comme l’affirmait Tamo et comme j’ai pu moi aussi le constater lors de mon séjour à Rabat dans les années 70.

Si un incident se produit et si le tapis a besoin d’une réparation, on peut refaire les nœuds abîmés avec une longue aiguille de tisserand à pointe triangulaire.

Le tissage tel que je l’ai vu pratiquer par les femmes du bled au Maroc était donc une entreprise difficile et minutieuse mais aussi exaltante, conviviale et dont elles étaient à juste titre très fières. J’ai rapporté ici ce que j’ai pu saisir de leur savoir faire. Si certains sont tentés par l'aventure, j'espère qu'ils trouveront dans ce témoignage assez d'éléments pour s'y lancer.