V - CONTROLE ET MAINTIEN DE LA FORME DU TAPIS


Sur ce métier rudimentaire, le contrôle de la forme demande de la part de la tisseuse une vigilance certaine si elle ne veut pas que son ouvrage prévu rectangulaire par exemple ne se retrouve en forme de trapèze ou de diabolo. Mais des méthodes ont été mises au point de générations en générations de tisserandes pour repérer et corriger les défauts avant qu’il ne soit trop tard. Ces défauts peuvent concerner soit la largeur du tapis, soit sa longueur.


1 – Largeur du tapis :
controle forme1 Un tapis est, sauf exception volontaire, carré ou rectangulaire. Mais si l’on y prend garde, la tendance naturelle du tissage est de se rétrécir au fur et à mesure du tissage, surtout avec un métier rudimentaire comme celui des femmes du bled.
Pour lutter contre ce risque, les tisseuse traditionnelles marocaines fixent une grande aiguille ou un fer à brochettes dans la partie déjà tissée et dès que celle-ci atteint les 5 ou 6 cm, le plus près possible de la dernière duite passée. Elles font cela à droite comme à gauche du tissage. Elles y fixent une solide ficelle qu’elles fixent au montant du métier en assurant une tension suffisante pour que les lisières soit maintenues droites. controle forme3

Voilà comment j’ai vu se dérouler l’opération :

  • On fait pénétrer l’aiguille dans le dos du tissage en le faisant ressortir du côté du travail.
  • On enfile sur le bout de l’aiguille la boucle d’une ficelle longue et solide pliée en deux.
  • On repique l’aiguille dans le tapis en la faisant ressortir sur l’envers du travail.
  • On tire sur la ficelle jusqu’à ce que la lisière soit parfaitement droite et verticale et on la noue sur le montant de façon solide et en même temps suffisamment simple pour pouvoir défaire et refaire le nœud chaque fois que ce sera nécessaire : il faudra en effet continuer à remonter l’aiguille et la ficelle de la même manière tous les 5 ou 6 cm. Car si on tarde plus, le rétrécissement risque d’être amorcé et le défaut sera plus difficile à corriger et risque de rester visible.

  • Il existe actuellement des systèmes plus simples avec des pièces de bois qui se fixent dans le dos du tapis et lui maintiennent sa largeur ; il faut bien sûr les remonter elles aussi régulièrement tous les 5 ou 6 cm.

     

     

     

    Pièce de bois permettant le contrôle de la largeur du tapis

    tissage
    2 – Longueur du tapis :
    longueur du tapis Du fait des irrégularités de la laine elle-même et de l’énergie variable que la tisseuse peut mettre dans la frappe pour tasser les rangs, il peut arriver que la hauteur ne soit plus partout la même et que le tapis prenne une forme irrégulière.

    Là aussi l’expérience ancestrale des tisseuses a mis en place des moyens de prévention et de correction.

    Les moyens de prévention :

    Ils concernent essentiellement la hauteur des deux lisières qui doivent en principe être toujours au même niveau. On contrôle régulièrement ce niveau grâce aux repères que l’on s’est donnés en montant la chaîne sur l’ensouple supérieure (cf. lll « Enroulement de l’ensouple supérieure » § 5 et 6).

    Les moyens de correction :

    Quand la tisseuse constate au cours de son tissage qu’elle arrive au niveau de l’un de ces repères, elle vérifie aussitôt où elle en est par rapport au repère du côté opposé (puisqu’il y en a nécessairement en même temps un à droite et un à gauche).

    Il peut arriver qu’elle s’aperçoive qu’il y a une légère différence entre un côté et l’autre ou bien que le tissage s’incurve entre les deux bords. Aussi léger que soit le manque, elle s’empresse de le combler en doublant ou triplant les duites dans la partie concernée.

    S’il s’agit d’un tapis à points noués, elle veillera à doubler plutôt les nœuds que les duites, afin de conserver au tapis le même aspect et la même densité.

    Il faut cependant faire attention en effectuant ces rajouts de ne pas mettre de fil de trame isolé, ce qui serait le cas si on ajoutait un nombre impair de passées.

    Il faut toujours faire des duites complètes (donc des allers et retours du fil de trame) afin qu’après tassement les fils de chaîne soient entièrement recouverts par les fils de trame.